Sur la loi « anti-amazon » et les libraires indépendants

Dernièrement ( le 8 janvier 2014) la chaîne (doublement) publique : « public sénat » a eu l’idée d’enregistrer un témoignage de « libraire de quartier », pour savoir ce que les libraires indépendants pensaient de l’amendement « Gaymard » à la Loi de 1981 ( dite Loi Lang) sur le commerce du livre. Ce complément de la loi de 1981 suscite quelque embarras de la part de l’oligarchie majoritaire car il est en passe d’être voté « à l’unanimité » ( comme la loi dite Lang en 1981) alors qu’il n’est pas issu d’une proposition de l’actuelle majorité, mais … de son opposition. Ce projet a en effet été initié par l’UMP et son « Monsieur livre » : Hervé Gaymard ( naguère et brièvement ministre des finances de Jacques Chirac ). Il venait en dernière lecture à l’assemblée et au Sénat, lorsque public sénat a jugé opportun de mettre ce vote au sommaire de son « journal de 19 h ». La journaliste fut quelque peu surprise du « témoignage » du libraire, qui pourtant restituait une réalité il est vrai soigneusement occultée par la classe dirigeante, actuellement aux affaires (mais aussi bien par la précédente, puisque les oligarques se succèdent à eux-mêmes). Il se trouve qu’elle était « bien tombée » puisque le libraire se trouvait être le président de l’ADML :

droit de réponse à public sénat par Tele14

Demain chez mon libraire

S’il y a un point qui fait consensus parmi les métiers concernés – et plus généralement les défenseurs du livre – c’est bien l’urgence et le souci commun et prioritaire de restaurer la fréquentation des librairies. Alors … comment imaginer, comment prétendre sérieusement que l’on va y parvenir en développant les ventes par Internet, ou pire encore les ventes de téléchargement de fichiers numériques ?

L’échec prévisible (et que nous avions d’emblée annoncé à ses promoteurs) de 1001libraires.com est un des symptômes qui attestent, parmi d’autres, de l’absurdité chimérique des « solutions » inspirées de cette mystification. Nous proposons donc inversement de mettre en place un Comptoir National des Libraires de France, fédérant tous ces libraires dans une structure coopérative d’intérêt public, permettant à chaque librairie indépendante de « proximité » de proposer à ses clients le service « Demain chez son libraire » qui leur garantit d’avoir en 24 heures à la librairie un  livre non disponible en magasin  Un service* qui, faute de pouvoir être offert par les libraires, détournait jusqu’à maintenant les lecteurs « pressés » vers des « marchands de livres » tels les sites de vente en ligne. Il s’agit donc de proposer à ces catégories de lecteurs et à leurs libraires l’opportunité pratique et gratifiante d’échapper aux spectres des « pourvoyeurs dématérialisés » : lorsqu’un lecteur manifeste le besoin d’un livre, avec un degré d’urgence ( ou de désinformation) qui l’amène à se tourner vers amazon (ou ses succédanés ), il pourra désormais venir chercher son livre, le lendemain,  chez un libraire.

Les multiples avantages et finalités d’un tel projet* convergent vers un accès aux livres plus facile et de meilleure qualité, en proposant sur tout le territoire  une « nouvelle offre » commerciale  répondant de manière « offensive », économiquement et techniquement rationnelle, à la prédation opérée par les géants de l’internet. Ce Comptoir national s’inscrit dans un programme plus vaste ( avec notamment une refonte des marchés publics des bibliothèques*)  de « réensemencement » livresque du territoire, favorisant le développement et l’implantation de librairies et du lien social et culturel qu’elles portent (et les emplois induits), partout en France.

voir le document détaillant ce projet, déjà transmis au CNL , au Ministère de la Culture, au SLF et à l’ADELC, et mon livre : « Correspondance avec la puissance publique » aux éditions Delga.

Dominique Mazuet
libraire de quartier parisien